Après le bruit

Projet lauréat de la Bourse Théodore Strawinsky 2024

Texte de Lucie Schaeren. Introduction de Sylvie Visinand

Théodore Strawinsky souhaitait permettre à de jeunes artistes d’élargir leur formation culturelle. Pour honorer sa mémoire, sa veuve a créé le Prix Théodore Strawinsky, décerné depuis 1992 à un·e étudiant·e en peinture ayant achevé son cursus et obtenu son diplôme.

À l’occasion du trentième anniversaire de la Fondation Théodore Strawinsky, le Conseil de Fondation a décidé, le 17 mars 2022, d’élargir son soutien à la création artistique en créant une bourse destinée à la réalisation d’une œuvre picturale, dans le cadre d’un projet individuel ou collectif. Cette bourse est attribuée pour la première fois en 2024 à Lucie Schaeren, au sein de Reliefs, pour son projet Après le bruit.

Pourquoi ce choix ?

Les arguments de Lucie Schaeren ont su convaincre la Commission de sélection, dont les recommandations ont amené le Conseil de Fondation à lui accorder son soutien. Nous cédons maintenant la parole à l’artiste :

©Lucie Schaeren

Après le bruit entre en dialogue avec l’œuvre de Théodore Strawinsky par sa dimension monumentale et par son inscription dans l’espace architectural et public. Les peintures cherchent à dépasser le cadre de l’image pour engager une relation physique et sensible avec le public et la dimension sonore et musicale fait écho à l’héritage musical bien connu du peintre. En réunissant arts visuels, écriture et création sonore, le projet s’inscrit pleinement dans une démarche transdisciplinaire, où les frontières entre les pratiques deviennent des lieux de recherche et d’invention.

L’origine

Après le bruit naît du désir de faire dialoguer peinture, écriture et création sonore dans une œuvre qui se traverse, s’écoute et s’éprouve. Les différents médiums ouvrent des espaces de résonance où chaque langage prolonge et transforme l’expérience des autres.

©Lucie Schaeren

Tout commence avec des leporellos au format A5, réalisés au pastel gras, à l’encre de Chine, au dessin et à l’écriture. Ces carnets se sont imposés comme une forme libre, née d’une nécessité intérieure. Ils accompagnent un processus d’émancipation face à des conditionnements sociaux et retracent les déplacements sensibles, les résistances, les blessures et les prises de conscience qui jalonnent ce cheminement. Leur agrandissement sur des drapeaux transforme profondément la relation aux œuvres. Suspendues dans l’espace public, elles deviennent des présences, des surfaces à traverser du regard et du corps

L’éveil

La création sonore prolonge cette immersion. Elle repose sur une tension permanente entre harmonie et dissonance, équilibre et rupture. Ces oppositions composent une polyphonie dans laquelle les œuvres dialoguent entre elles sans jamais se confondre. Des sons de pas et des voix s’y mêlent, évoquant les passages entre différents espaces — réels, imaginaires ou intérieurs.

Fragment du poème ©Lucie Schaeren

La conscience

Le poème constitue la colonne vertébrale invisible du projet. Écrit pour accompagner l’installation, il met en mots un processus d’émancipation : les tensions, les doutes, les transformations de l’identité, mais aussi les possibilités d’ouverture qui apparaissent lorsque les conditionnements commencent à se fissurer. Publié sur les murs du quartier et intégré à la composition sonore, il agit comme une voix intérieure, une invitation à reconnaître les mécanismes qui nous façonnent et à imaginer d’autres manières d’habiter le monde.

Une œuvre collective

À l’origine individuel, Après le bruit a pris la forme d’une création collective réunissant plusieurs pratiques artistiques et présentée sous la forme de 17 drapeaux[1] déployés dans l’espace public pendant le festival Ô Vallon à Lausanne, du 5 au 15 juin 2025.

Lucie Schaeren

Pensée comme un parcours sensible, l’installation est prolongée par le poème, affiché sur les murs du quartier pendant toute la durée du festival, ainsi que par une déambulation sonore publique le 15 juin 2025, conduite par le musicien Andreas Paragioudakis avec le groupe de musique expérimentale de l’association Reliefs, dont Toni Majdalani et Baran Özer. Ce même jour, le trio Pandora’s Dream — Andreas Paragioudakis, Toni Majdalani et Florian King — a ensuite présenté un concert composé à partir du poème, suivi d’une lecture publique de celui-ci.

Cette dimension collective prolonge le propos du projet : faire émerger des voix multiples, créer des espaces de rencontre et transformer une expérience intime en expérience partagée. Un film documentaire réalisé par Marie-Eve Hildbrand (collectif Terrain Vague), garde à la fois une trace de l’installation et un outil permettant d’imaginer son déploiement dans d’autres territoires et contextes.

Un bémol toutefois, deux drapeaux ont été dérobés au Vallon, ce qui a occasionné quelques heures de travail en sus et une réimpression.

[1] 150 × 220 cm, 120 × 175 cm, 120 × 120 cm et 100 × 100 cm

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